Puisque c’est un sujet que l’on remet régulièrement sur le tapis, tu vois, entre nous, le cercle des blogueurs influents quoi, je pense que je pourrais en faire un billet. Je parlerai un peu de vie privée, aussi, puisque c’est inévitable.
D’abord Google, c’est quoi ? Pour moi, une série d’innovations qui ont plus ou moins radicalement touché à ma façon de voir et d’utiliser le web.
En 2005, quand Gmail est ouvert au public, j’obtiens rapidement un compte, puis en 2006 the.addikt1ve@gmail.com qui est devenue mon adresse principale.
Autant dire qu’à l’époque, Gmail était tout simplement formidable : un webmail rapide, clair, efficace, sans publicité. Une capacité de stockage ahurissante (1 Go, c’était la taille de mon disque dur, seulement deux ou trois ans auparavant). Des échanges sous forme de conversations, des libellés, le plus puissant des filtres anti-spam.
Difficile, dans ces conditions, ne pas voir Google comme un Jésus 2.0. Et depuis, si je peux contraster mon opinion, elle est loin d’avoir changé.
Les services Google que j’utilise au quotidien sont tous efficaces ; pire encore ! Ils s’améliorent de jour en jour. Documents me permet de me passer d’une suite bureautique, Reader est un excellent agrégateur de flux, AdSense monétise (plus ou moins, j’y reviendrai) mon blog. À une plus grand échelle, Google Apps m’a permis de déployer ces services pour mes domaines.
Pour finir cette fellation, j’aimerais ajouter que j’utilise Chromium en tant que navigateur principal. C’est le seul qui soit utilisable selon moi : il démarre en moins d’une seconde tout en étant aussi rapide qu’Opera – et plus ergonomique.
J’ai effectivement foutu ma vie privée en l’air. Mais n’en déplaise aux anti-Pieuvre, ce n’est pas pour Google que je me suis damné sur l’autel de l’inattention. D’ailleurs, ce n’est pas non plus par Facebook que je me suis fait avoir.
Récemment, j’ai reçu l’appel d’un malade mental (pour info, une sous-merde dont je ne citerai pas le nom, qui depuis quelques années a créé puis revendu puis coulé un certain nombre d’hébergeurs low-cost) qui semblait avait pour mission d’insulter quiconque répondait au téléphone chez moi. Oui, il avait mon numéro de téléphone. Étonnant, non ?
Pas vraiment, en fait. Un simple whois sur mes noms de domaine lui a donné absolument toutes les infos dont il avait besoin. Ceux qui sont déjà en train de décrocher leur téléphone en pouffant de rire peuvent le reposer, c’est absolument illégal.
Ce qui est amusant, c’est que jusque là, je faisais plutôt attention à ce que je publiais, en essayant d’éviter de faire des liens trop voyants entre Vincent Lannurien et AddiKT1ve – ardue mission puisque tous deux étaient visibles au cours de rencontres autour du logiciel libre. Depuis cet épisode, j’ai décidé d’appliquer la méthode « À quoi bon », et ça marche plutôt bien.
Mais revenons-en à Google. D’ici quelques jours, je devrais recevoir mon premier virement de leur part pour les mois de loyaux services rendus à AdSense. Et pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que jamais je ne toucherai cet argent. Pour reprendre un texte de Fuzati, Google est une pute qui a le don d’ubiquité. Celui que je connais garde encore sa virginité… pour le moment.
Je me revendique pro-Google même si c’est trend. Même si avec Public DNS ils acquièrent une position qui devient gênante sur Internet, et plus seulement sur le web.
Je me revendique pro-Google parce que leur slogan est trop cool.
Google rend des services mais cache des problèmes importants :
- il concentre tout. Il rend dépendant de ses services. Il concentre le savoir-faire : moins de gens savent comment mettre en place des services de messageries. Nous ne sommes plus maître des données stockées. On pourrait les modifier pour faire croire n’importe quoi. Pour l’instant, ce sont des gentils les gens à la tête de google. Quand google sera racheté, que va-t-il se passer ? Et l’histoire de public DNS, les requêtes (en échec ou pas) représentent des infos intéressantes, on peut savoir en plus de vos recherches, où vous allez.
- la position dominante de Google lui donne une certaine immunité. Il est presque intouchable. Pas vraiment de respect à la vie privée avec ses caméras qui se baladent dans la rue.
Ce qu’il faut, c’est un concurrent de taille et permettre aux gens de garder le contrôle de leurs données.
@Christophe GUILLOUX: a priori Google n’a pas besoin de concurrence pour proposer d’excellents services, gratuitement en plus, ce qui semble aller à l’encontre du modèle capitaliste et pourtant, c’est une boîte qui fait un chiffre d’affaire absolument phénoménal. Ils ont su dépasser les limites du système, et les retourner contre les autres en rachetant les boîtes « gênantes » ou intéressantes, et grossir sans limites apparentes.
Tu veux te battre comment contre _ça_ ?
Je ne parle pas de concurrence pour les obliger à proposer de meilleurs services mais une concurrence pour les obliger à respecter la vie privée.
@Christophe GUILLOUX: c’est bien ce que j’ai dit, elle n’existe pas et n’existera certainement jamais, puisqu’il est impossible de concurrence Google. Tant qu’ils respectent la loi, et qu’ils ne sont pas trop amoraux, ils sont même intouchables.
J’utilise gmail pour les mêmes raisons cités dans ton article et j’utilise google pour mes recherches web puisqu’après moulte test sur d’autres moteurs, il faut bien reconnaître que l’algo de page ranking de google est le plus mieux. Seulement, je m’inquiète des données que je laisse sur leurs bases. Non pas qu’elles soient compromettantes, mais c’est une question de principe et de vigilance. J’ai lu le bouquin de Mitnick (principe du social engineering) et l’histoire des registres d’identités de Napoléon, j’ai compris ( ou pas ) que les plus petites informations anodines peuvent avoir un effet dévastateur si elles se trouvent entre les mains d’un méchant. (Je suis un gentil et je veux tuer les méchants).
Ce qui me met le plus la puce à l’oreille sur leur prétendue bonté, c’est qu’ils se targuent de faire du libre, donc de respecter notre vie privée, alors que l’épée de Damoclès se trouvent précisément sur leurs serveurs. Et que de se coté là, on a pas d’information.
Pour faire une analogie frisant le point Godwin, tu ne peux pas être un dictateur bienfaisant, c’est une oxymore. Tôt ou tard, peu importe tes intentions, tu vas à l’encontre des intérêts des gens. Je suis d’accord sur ce point-là avec Christophe que la pluralité des entreprises est une condition sin equa non du respect de notre vie privée sur le internet. Google est totalement en respect vis-à-vis des lois, c’est donc un monopole légitime. Et bien la défaillance vient peut-être du législatif autant que du consommateur (moi en l’occurrence). Le monopole, c’est mal.
Par contre, il ne faut surtout pas croire que Google est invincible. On a pensé la même chose d’IBM qui s’est quand même bien cassé a gueule un jour.
@PillOow: En matière de benevolant dictatorship, si tu utilises un noyal Linux, tu dois savoir que c’est possible
.
Tout ce dont tu parles est inhérent au cloud computing, et sur ce point, il n’y a que le consommateur qui puisse être mis en tort. On l’a voulu, on l’a eu !
En revanche je serais moins catégorique à propos de l’analogie Google/IBM. Google a survécu au bug financier de l’an 2000 parce qu’ils ont su évoluer avec le temps. Chose qu’ils continuent à faire : cloud computing, téléphones, et maintenant un OS… En outre, comme tu l’as dit, ils n’ont pas de concurrents. Comment, dans ces conditions, se casser la gueule…
@AddiKT1ve: parce qu’ils vendent du vent ?
@piero: parce que tu as payé quelque chose ?
ben, on peux dire qu’ils font de l’argent avec nous (c’est le sens du web 2, non ?)
@piero: mais le consommateur ne paie rien. C’est puissant comme business model, non ? Et le jour où leurs investisseurs s’ennuieront, ils pourront toujours vendre nos données personnelles.
@AddiKT1ve: pour revenir à la question : ils se *casseront la gueule* lorsqu’ils n’auront plus accès à nos données.
@piero: et pour poser une question supplémentaire… Pourquoi est-ce que cela arriverait ? Même les gens « renseignés », en tout cas sensibilisés, comme nous, continuent à leur fournir de plus en plus de renseignements et à leur confier de plus en plus de données, certaines très sensibles (les mails, les documents, les contacts).
@AddiKT1ve: hum… le propre d’une révolution technologique est qu’elle n’est pas prévisible, j’oserais *programmable*.
@piero: Sauf que la révolution qui est en train de s’opérer, on l’a sous les yeux, c’est le cloud computing et c’est Google qui mène la danse… Non ?
g**gle se cassera la gueule quand l’affichage de pub sur le web s’arrêtera, c’est avec ça qu’ils font leur beurre et qu’ils fournissent des services gratuits, nan? Sinon, gg est un peu l’arbre qui cache la forêt, d’autres opérateurs / fournisseurs de services méritent aussi qu’on se penche sur leur cas, surtout si l’accès à internet se déplace des pc tels qu’on les connaît vers des terminaux mobiles, les réseaux des opérateurs téléphoniques sont nettement moins « neutres » (cf : les restrictions sur certains protocoles dans les abonnements actuels)
Bizzarement, ça n’a pas l’air de te choquer que google ou ces investisseurs puissent faire commerce de nos données personelles alors que l’idéologie du libre s’oppose à ce concept.
@PillOow: Qu’est-ce qui te prouve qu’ils font commerce de ces données, mmh ? À partir du moment où l’on accepte le cloud computing, on accepte de ne plus avoir de contrôle sur ces données. Et à part en auto-hébergeant tous tes services, du serveur web aux mails, je ne vois pas comment l’éviter. Google est loin d’être le pire, c’est juste le plus effrayant.
@AddiKT1ve: Mais je ne l’ai jamais affirmé, c’est juste que tu as dit au dessus « Et le jour où leurs investisseurs s’ennuieront, ils pourront toujours vendenre nos données personnelles. « .
D’où le fait que je dise que ça n’a pas l’air de te choquer qu’ils puissent faire commerce de tes données.
HS: J’ai remarqué qu’on pouvait utiliser des balises HTML dans tes commentaires, c’est normal ? Et désolé pour la latence des réponses, j’suis en train de cloturer le semestre. Boujou !
@PillOow: Ils le peuvent, mais n’y ont pas d’intérêt. Et normal pour le HTML, mais c’est une liste de balises acceptées
.
document.write(« Hello world! »);
On sait jamais, =p
Pour en revenir à ce que tu disais. Les données personnelles, lorsqu’elles sont aux mains de quelqu’un, sont un pouvoir. Le problème du pouvoir, c’est pas tellement le fait de bien l’utiliser, c’est le fait d’en avoir. Le blem, c’est lorsqu’il passe aux mains de personnes mal intentionnées, là c’est la cata. J’ai pas peur de google, c’est une bonne entreprise, bien que son monopole repose en partie sur la récolte d’informations personelles et que ça ça pose quelques problèmes d’éthiques selon moi, mais il faut toujours redouter le fait que quelqu’un puisse les utiliser pour nuire.
De plus, nous n’avons aucune idée de ce que font Google de nos données. Si je supprime tout mes comptes, reste-t-il encore des données sur moi ? Si oui, conformément à l’article 78-17 de la CNIL, je devrais pouvoir les modifier et même les supprimer non ? On peut le faire ça ? (C’est une vrai question pas de l’argumentation là.) Même questions pour facebook même si je ne metterais jamais un doigt de pied là bas.
Je ne suis pas non plus d’accord avec toi lorsque tu dis que nous sommes les seuls responsables du succès du Cloud computing (on l’a voulu, on l’a eu etc). Sauf que les gens ne savent toujours ce qui est bon pour eux, sinon tout le monde n’utiliserait que du logiciel libre. C’est à ça que sert la loi, elle protège le consommateur sur des sujets bien trop complexes pour lui. Va demander à ta tante Germaine ce qu’elle pense de la centralisation des données. Non, je continue de penser que sur le plan législatif, de côté on prend beaucoup trop de retard.